Prendre plaisir à fictionner le plus beau des futurs

Je suis installée dehors. Les prémices du printemps qui a du mal à venir, se font sentir. Les rayons de soleil chantent en chœur avec les oiseaux. Une brise fraîche picote le bout de mes doigts, mon nez... sous mes yeux, un festival de couleurs : toutes les nuances de verts possibles, de marrons, le bleu du ciel éclatant, immaculé, des fleurs jaunes, roses, rouges, violettes, oui il y a toutes les couleurs dans la nature. Elle est si belle. Je ne sais pas si ce qui me bouleverse le plus c’est sa vision, ou son spectacle auditif. Combien d’espèces chantent, échangent, dansent dans le ciel ? J’entends les rapaces, les corbeaux, les hirondelles, les coqs, les pigeons, les canards, des mésanges, j’entends des sons d’ailes qui frappent, défient la loi de notre gravité. Les insectes aussi qui ci et là viennent me frôler l’oreille, se poser sur une main, passer dans mon champ de vision, me rappeler que tout est mouvement. On dirait que les oiseaux se racontent des histoires, comme moi qui dois écrire ma vision d’un monde idéal. Je remarque un pigeon mâle qui tente de draguer un pigeon femelle. Ils sont posés sur une branche juste au-dessus de ma tête. Deux réalités. La même réalité.

 

Il lui fait une petite danse, je trouve ça élégant, je me dis que ça pourrait marcher sur moi. Elle ne semble pas du tout intéressée et moi je tape sur mon clavier. Il bouge le corps du haut vers le bas, comme s’il s’agenouillait devant elle, inlassablement. Est ce qu’elle va céder ? Moi j’aurais déjà dit oui. Il y a tant de respect dans cette inclinaison : “oh vois comme je pourrais t’honorer, oh belle, me voilà t’implorant de regarder ma danse.” Elle s’en fout comme de l’an 40. (Je me dis que cette expression n’aurait pas marché en l’an 40) Qu’est ce qui fait qu’une femelle pigeon a envie d’un pigeon mâle ? Sur ce coup-là, la sauce ne prend pas si je puis dire. Quelle patience il a et pourtant elle craque et s’envole sur une autre branche. Il arrête de danser. Hésite, et le voilà qui la rejoint, une branche au-dessus, pour pas être trop relou. Je ne sais pas ce qu’il lui faut à cette pigeonne, mais je le trouve super classe moi ce potentiel partenaire. Et hop, le voilà qui descend près d’elle. Elle continue à l’ignorer, saute sur la branche voisine, il fait de même, elle s’échappe, il la suit. En fait, si, il est relou. Au bout de trois nons tu lâches l’affaire. Les oiseaux. Moi. Deux réalités, une réalité.

 

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Je dois écrire ma vision d’un monde idéal. J’y suis. Dans mon présent, sa saveur. Une maison trône en maitre dans ce grand jardin, un lieu où tous mes amis sont les bienvenus, où il est permis de ne rien faire, de se faire du bien. Oui le monde idéal, pour moi, ressemble à celui dans lequel je vis. Je suis à ma place. Pour moi, le monde idéal, est un monde où tout le monde est à sa place, où la gratitude et l’amour règnent. De cela, naissent tous les possibles. Plus de soins, plus de solidarité.

Faire de nos qualités une monnaie d’échange, rendre l’argent une invention qui nous aurait pu nous faire mal tourner. Créer un monde pour tout le monde, car il appartient à tout le monde. Aujourd’hui on peut dire qu’on est dans une réalité où il faut ”gagner sa vie”. Vraiment ? ça devrait se gagner une vie ? Un toit ? à manger ? Alors que c’est notre Terre à tous ? Faire pousser sa nourriture, faire de nos déchets de l’énergie, du soleil aussi... creuser des puits, créer des lieux de solidarité, de partage, de soins, de respect. Faire ce qu’on aime, et quand on aime, et qu’on est aimé, alors tout peut se faire dans la joie.

 

Photo : Olivier Delbosc

Les vêtements :  Leon & Harper 

Je rêve un monde où tous ont compris qu’on est maitre à bord, que ce sont nos rêves qui créent notre réalité.

Je rêve beau, je rêve amour et harmonie, je rêve abondance pour tous mais surtout Je rêve maintenant. Au présent. Je le vois et le sens ce monde ; je ne laisse aucune place à la peur, je sais qu’elle nourrit le système, ce système où il y a des laissés pour compte, une nature qu’on détruit. Je l’observe cette peur mais je ne la nourris pas, je la reconnais et la remplace. Je rêve un monde où petit à petit, chacun à son rythme, les humains s’éveillent à la beauté de notre planète. Le paradis, c’est ici et maintenant. Réaliser qu’on est tous interconnectés, de la plus petite fourmi et la plus grande des planètes du fin fond de notre univers en expansion.

Si nous sommes interconnectés, en un seul et même organisme, c’est qu’on est très fort, beaucoup plus fort que tout ce qu’on a bien voulu nous faire croire. Est-ce que ce sont quelques cons qui ont compris qu’ils avaient le “pouvoir” qui vont nous dicter quoi faire ? Comment faire ? Impossible.

 

Photo : Olivier Delbosc

Les vêtements :  Leon & Harper 

On dit qu’un homme qui aime en vaut 1000 qui détestent. Ça veut dire qu’on a gagné.

Moi je dis qu’il n’y a pas d’homme qui déteste, il n’y a que de l’amour, caché, enfoui, meurtri, mais de l’amour.

Je me suis réveillée ce matin en rigolant. Où étais-je cette nuit, dans quelles contrées, je m’en rappelle vaguement. Puis plus très vite. Et c’est parti pour une nouvelle journée.

Est-ce que ce ne serait pas ça la vie ? La mort ? Celle qu’on redoute tant ? Juste un voyage, un entre deux ? Je parle de la mort car je crois que c’est la vision qu’on en a qui est responsable de l’état actuel de notre écosystème (humain, végétal...)

Jamais une civilisation n’a eu si peur de la mort, n’a autant oublié de célébrer la vie.

Je rêve un monde d’acceptation, un monde où la mort serait une fête, puisqu’elle fait partie de la vie. Un monde où on ne perdrait pas une seconde à s’en soucier, à s’en préoccuper.

Je le vois ce monde quand je ferme les yeux, je les sens les gens qui s’éveillent. Je dis Merci à tous les évènements de la vie qui nous permettent de la voir, dans sa beauté la plus pure.

Quel présent que la vie. Les oiseaux semblent d’accord avec moi. Je repense au pigeon,

j’espère qu’il l’a lâchée, et qu’il en a trouvé une autre qui elle est d’accord.

 

J’espère avec foi, enthousiasme. Je rêve avec entrain, j’écris, je raconte ce qui me plait, les pigeons c’était plus tôt dans la journée, je les ai mis au présent, pour le plaisir de la fiction.

Prendre plaisir à fictionner le plus beau des futurs.

Merci pour la demande, l’exercice était joyeux à réaliser.

En Normandie et à Paris

Prendre plaisir à fictionner le plus beau des futurs

Audrey DANA

Réalisatrice

Son dernier film intitulé "HOMMES AU BORD DE LA CRISE DE NERFS "  est nommé au Festival de l’Alpe d’Huez 2021